











Impression jet d’encre sur papier RC Satiné 250g, 12 images encadrées sous verre, tailles variables.
Bucasánder (1946–2012) était un magicien colombien dont la renommée est demeurée relativement discrète. À notre connaissance, il n’existe aucun document historique ni aucune archive permettant de rendre compte de sa vie et de ses activités, si ce n’est quelques coupures de presse et d’anciennes photographies encore conservées par ses proches.
Cet artiste, comme tant d’autres personnes dont les vies sont ordinaires, est destiné, après sa mort, à tomber dans l’anonymat. Leurs vies ne font pas partie du récit des grands événements ; elles n’apparaissent ni sur les monuments ni dans les livres d’histoire et, par conséquent, ont peu de chances d’intégrer la mémoire collective. Elles ne disparaissent cependant pas nécessairement de la mémoire intime d’une famille. Pour leurs enfants, leurs conjoints, leurs parents ou leurs frères et sœurs, ces personnes ne sont pas anonymes. Elles ont un nom, une identité, des habitudes et des gestes qui demeurent dans leur souvenir.
L’image photographique, dont la nature semble être déterminée par l’immobilité, se présente ici, paradoxalement, comme une image active : un objet physique qui résiste à la disparition. Son existence ne dépend pas uniquement de ce qu’elle représente, mais également de sa propre condition matérielle. La photographie est aussi un objet fragile et vulnérable, inévitablement soumis à l’usure et à la détérioration.
Quelle que soit la nature de son support — métal, verre, papier ou acétate de cellulose —, tous sont exposés au passage du temps. Les déchirures, les plis, la perte de couleur ainsi que les attaques de champignons et d’insectes, favorisées par l’humidité, deviennent les cicatrices de cet objet qui, dans sa propre fragilité, semble résister à la disparition. Nous sommes ainsi face à un objet sensible, dont la matérialité devient une forme de résistance et qui agit comme la présence de ce qui est absent.
Ces fragments photographiques ne représentent pas seulement quelqu’un qui n’est plus là. Ils sont, en eux-mêmes, les vestiges matériels d’une existence. Des objets qui, malgré leur fragilité, sont parvenus à persister et qui, en même temps, sont destinés à disparaître. Ils deviennent ainsi une ultime frontière entre l’existence et la disparition.